L’édito par Dominique Antoine

Celui qui a goûté, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, au plaisir de la lecture, se souvient d’une rencontre avec un livre, avec cette somme de papier qui l’a tenu assis des heures et l’a enchanté. Il a tourné les pages, immobile, et pourtant il a voyagé. Le temps s’était arrêté. Le corps était là, mais la tête était ailleurs.

Quand le livre s’appelle roman, le lecteur entend une voix, celle de l’auteur, tapie dans la voix des personnages, dans les images suscitées par le texte, dans le rythme des phrases, dans les parfums qui s’échappent des pages tournées. Une voix parle au lecteur et le lecteur l’entend.

Rencontre avec un livre, rencontre avec un auteur. Dany Laferrière le dit : le lecteur et l’auteur ont rendez-vous au pays de l’imaginaire. C’est l’auteur qui a proposé ce rendez-vous. Il a fait le premier pas. Il invite au voyage. En attrapant son livre, à l’étalage d’une librairie ou sur le rayon d’une bibliothèque, c’est la main tendue de l’auteur que le lecteur saisit.

Puisque l’écrivain, comme tout créateur, est à l’initiative de cette rencontre amoureuse, puisqu’il a osé le premier exposer sa sensibilité, il est vulnérable. Pudique, il cache sa nudité derrière son œuvre. Qui veut le débusquer doit lui prouver une bienveillance, le mettre en confiance, tirer avec délicatesse le fil de l’échange. Sans empathie, l’huître se refermerait et sa perle resterait inaccessible.

C’est de ces convictions qu’est né Interlignes. Convictions éprouvées au sein d’un club de lecteurs appelé L’Ivre Parole, qui a accueilli une trentaine d’écrivains déjà, pour des entretiens intimistes, qui permettent à l’invité de raconter la genèse d’un de ses livres, d’expliciter son intention, d’évoquer, en toute simplicité, son métier.

Dans cette série d’entretiens, c’est bien cela qui nous a intéressés : l’au-delà du texte, ou l’en-deçà, ce qui entre les lignes permet de distinguer le visage d’un auteur, d’entendre sa voix, de sentir son souffle, de partager ses souffrances et ses émerveillements. Il s’agit au fond de tirer vers soi la main tendue et de lever les yeux, pour qu’un face à face esthétique se produise, grâce au texte, entre un écrivain et son lecteur – bref pour que la magie de la littérature s’accomplisse.

Si ces paroles filmées diffusent un peu d’ivresse, si elles donnent à l’internaute ou au téléspectateur l’envie de rejoindre l’animateur et de plonger dans les livres qui lui sont présentés, alors Interlignes aura gagné son pari.

Dominique Antoine